Lundi 06 mai, J13 : passage au Kazakhstan

Je quitte Astrakhan vers les 7H00 avec le soleil. Peu avant la frontière je retrouve les deux équipages italiens qui ne peuvent franchir un pont à péage faute de pouvoir payer en rouble. Je les dépanne avec des roubles et c’est en convoi que nous atteignons, à 10 heures la frontière. Surprise pour mes compères italiens, leur visa russe prenait fin hier, il leur faudra donc faire une demande de prolongation de visa pour être en règle et pouvoir sortir de Russie en fin de journée. Quant à moi, je passe rapidement le poste de douane russe et me retrouve au Kazakhstan moins d’une heure après.

J’ai parcouru 4 827 km depuis Rouen pour atteindre une des multiples variantes de la Route de la Soie. Je ne rêve plus, j’entame maintenant un périple sur des routes mythiques entourées de mystère et d’aventures, sur des pistes caravanières cernées de steppes infinies, de déserts de dunes, de montagnes parmi les plus élevées au monde, de lacs immenses, de majestueuses cités antiques à l’architecture sublime.

Dès la douane franchie, sans transition, je quitte l’Europe. Je n’ai pas encore fait dix mètres que je suis assailli par un groupe de femmes Kazakh, au profil asiatique, avec lesquelles je négocie le change de 150 dollars en tengué, la monnaie locale. Chez nous, nous connaissons mieux le mot « cosaque » issu du nom Kazakh (« rebelle » ou « homme libre ») qui désignait des populations semi-nomades qui ont formées des communautés militaires indépendantes à l’époque des Tsars.

Puis, sur une route en mauvais état, la steppe, joliment appelée « océan des herbes », m’accueille avec ses espaces immenses ouverts à la liberté. Les villages sont rares, il n’y a ni culture, ni arbre, que de l’herbe brûlée. J’aperçois des premiers chameaux à deux bosses, ceux de Bactriane réputés pour la qualité de leur viande. Des chevaux au galop traversent la route sans se soucier des rares automobiles. Des marmottes fusent dans les dunes. Je traverse des champs de puits de pétrole dans un décor fantastique. Des nombreux cimetières éparpillés dans le désert, avec des tombeaux qui surprennent par leur construction très particulière à la forme de petit fort, trahissent la présence humaine. Je roule dans ce décor jusqu’en fin d’après-midi et m’arrête sur le parking d’une station en plein désert à 120 km avant Atyrau.

 

Mardi 07 mai, J14 : vers la frontière Ouzbèque

7h00, il fait 23°, je démarre sous la pluie qui m’accompagne jusque Atyrau, capitale de la région du même nom, réputée pour ses esturgeons et son caviar. Je croise peu de kazakhs dans cette immense contrée vaste comme l’Europe occidentale, peuplée de 16 millions d’âmes et contenant une densité de population de 6 hab./km2 (elle est de 114 hab./km2 pour la France). Puis je fais route sur Qulsary une ville industrielle semblable aux nôtres, et enfin Beyneu où m’attend une piste infernale sur laquelle je peine à atteindre les 30 km/h. Avant que la nuit ne me surprenne je trouve refuge, en plein désert, près d’un arrêt de bus !